Entertainment

Royaume-Uni: la mutinerie en guise de sauve qui peut

Royaume-Uni: la mutinerie en guise de sauve qui peut

M
utinerie
 : « Action collective de révolte au sein d’un groupe réglé par la discipline, les détenteurs de l’autorité étant généralement mis en cause avec vigueur ; elles surviennent donc plus spécialement dans les armées, les prisons et bagnes, par les équipages. » On devrait donc ajouter à cette liste les gouvernements, par leurs ministres.

Un bateau à la dérive, une sorte de Titanic dont le capitaine refuse de lâcher le gouvernail : c’est un peu cela aujourd’hui le Royaume-Uni. Faute d’avoir pu changer le cours de la trajectoire prise par le navire dont les commandes sont toujours aux mains du Premier ministre Boris Johnson, les ministres sautent par-dessus bord histoire de ne pas sombrer avec celui dont ils se désolidarisent aux yeux de tous. En 24 heures, c’est pas moins d’une quarantaine de ministres, secrétaires d’État et autres responsables de gouvernement qui ont démissionné de leurs fonctions. Certains ont signé un communiqué appelant au départ du Premier ministre « pour le bien du parti et du pays ». Une délégation, comprenant le ministre des Finances Nadhim Zahawi à peine nommé, devait se rendre chez « BoJo » pour lui demander de partir.

En général, lorsqu’il est désavoué, le chef de gouvernement en tire les conclusions. Les événements qui se déroulent aujourd’hui à Londres en disent long sur la manière dont Boris Johnson a tiré sur la corde de son pouvoir, accumulant les erreurs et les dysfonctionnements qu’il estimait pouvoir effacer en multipliant les excuses publiques, les mea culpa et les promesses de ne plus recommencer. Mais cette fois-ci, sorry risque de ne pas suffire.

Le parti conservateur et ses membres portent une lourde responsabilité dans la longue dérive de « leur » homme clé et de « leur » gouvernement. Ils ont eu l’occasion d’écarter Boris Johnson en lui retirant leur confiance dans la foulée des soirées organisées au 10 Downing Street en pleine pandémie, mais ils y avaient renoncé, maintenant de justesse leur homme au pouvoir, notamment par crainte de nouvelles élections. A la manière des Républicains américains qui ont soutenu Trump envers et contre tout, les élus conservateurs britanniques ont privilégié la logique de parti et leurs intérêts quitte à soutenir un leadership défaillant.

Le bien du pays : il va falloir en retrouver le sens après ces mois d’exercice du pouvoir avec le populisme pour boussole. En pleine guerre contre l’Ukraine, alors que l’inflation est au plus haut et que l’on annonce « l’été du mécontentement » pour nombre de professions qui veulent descendre dans la rue, le Royaume-Uni a plus que jamais besoin d’un capitaine solide avec un cap clair, une gouvernance et des alliés, à l’intérieur comme à l’extérieur.






Par Béatrice Delvaux

Editorialiste en chef
Le 7/07/2022 à 00:00


Source link

Leave a Reply

Your email address will not be published.

close