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Réarmer les pays de l'Otan: une rude tâche pour la Belgique

Réarmer les pays de l’Otan: une rude tâche pour la Belgique

Moins de moyens financiers pour les soins de santé. Moins de budgets pour l’éducation. Ou pour les infrastructures. Car les ressources seront siphonnées au profit des armées. Telle est la dramatique conséquence que la guerre aura pour les Européens.

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Le propos n’émane pas d’un militant pacifiste outré par ce bousculement des priorités. C’est le nº1 de l’Otan, son secrétaire général Jens Stoltenberg, qui assène cette réalité crue. L’ex-Premier ministre norvégien sait que les arbitrages seront douloureux pour les politiques. Mais « le nouvel environnement » d’insécurité depuis l’offensive lancée par la Russie contre l’Ukraine ne laisse pas le choix, a-t-il martelé jeudi, à l’occasion de la présentation du rapport annuel (2021) de l’Alliance atlantique. « Nous sommes confrontés à un monde plus dangereux » : il faudra réarmer, plaide-t-il. Sinon, « sans paix, sans sécurité, nous ne parviendrons à rien, qu’il s’agisse de la protection sociale, de l’éducation ou de la lutte contre le changement climatique ».

Ce n’est pas seulement le plaidoyer du chef de l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord. Les dirigeants des pays de l’Alliance, réunis la semaine dernière en sommet extraordinaire, ont décidé qu’il faudra « redoubler d’efforts pour investir davantage, et plus rapidement, dans notre défense », rappelle Stoltenberg. Le « SecGen » évoque « un nouveau sentiment d’urgence ». Qui obligerait, dit-il, d’effectuer un « reset » de la dissuasion et de la défense de l’Alliance.

Immédiatement après le début de l’offensive du Kremlin, l’Allemagne a donné le ton. Le nouveau gouvernement à Berlin a rompu avec une certaine tradition pacifiste héritée des guerres du siècle dernier. Un investissement « immédiat » de 100 milliards de dollars dans la défense a été annoncé. Et la locomotive économique du continent promet désormais d’investir « plus de 2 % » du PIB dans la défense. Soit la cible à atteindre d’ici 2024. Un cap agréé en 2014 par les pays de l’Otan, ébranlés par la modification des frontières par la force, avec l’annexion de la Crimée ukrainienne par Moscou (qui répliquait que les Occidentaux ne s’en étaient pas privés en séparant le Kosovo de la Serbie…).

Plusieurs Alliés ont déjà annoncé un réarmement significatif. La Pologne vise les 3 %, la Roumanie 2,5 %. La Belgique, à l’avant-dernière place du classement des 30 Alliés depuis des années, remonte d’une position en 2021, dépassant l’Espagne. Mais le pays reste bien en deçà de la barre des 2 %, avec 1,07 % escomptés. Le gouvernement a déjà annoncé cette année 11 milliards d’euros d’investissement supplémentaire. Ce ne sera pas suffisant. Pour le sommet prévu fin juin à Madrid, les Alliés sont priés de soumettre des « plans supplémentaires » pour expliquer comment ils comptent s’y prendre pour « respecter l’engagement d’investissement à temps », souligne Stoltenberg.

« La Belgique n’a pas d’appréhension à investir davantage mais il faut aussi regarder “l’output”
 : les retours pour l’économie européenne sont trop faibles et pour la société aussi », répondait Alexander De Croo à une question du Soir, lors du sommet spécial de la semaine dernière – au moment où « l’Europe de la Défense » tente aussi de faire valoir ses intérêts. Mais le Premier ministre belge admet que l’on vit un « moment pivot. Il faut une vraie réflexion stratégique sur la manière de mieux nous protéger ».

« La Russie a menti »

Voilà près d’une décennie que les « dividendes de la paix » ont rejoint les souvenirs de l’histoire (de la fin de la Guerre froide). Depuis la Crimée et les combats des pro-russes soutenus par le Kremlin dans le Donbass, les Alliés sont convenus de réinvestir. Sous la pression intense des Etats-Unis, déterminés à davantage partager le « fardeau » de la protection du Vieux continent. Non sans difficultés, vu les contraintes budgétaires. Non sans résultat, aussi : Stoltenberg relève que 2021 constitue la septième année de hausse des dépenses en Europe et au Canada. « Soit un total de 270 milliards de dollars supplémentaires depuis 2014 »…

La balise fétiche des 2 % sera-t-elle revue – à la hausse… – lors du sommet de Madrid ? La question inquiète les « retardataires ». Interrogé par Le Soir, le secrétaire général, prudent, souligne qu’au sommet de la semaine passée, « nous nous sommes concentrés sur la mise en œuvre de ce que nous avons déjà convenu, à savoir la ligne directrice de 2 % ». Mais Stoltenberg ajoute : « Bien sûr, (ce) n’est pas un plafond, c’est un minimum, c’est un plancher ».

Les dernières nouvelles du front n’inciteront pas à baisser la garde. Malgré les pourparlers engagés, « il est évident que la partie russe n’est guère disposée à trouver une solution politique », juge Stoltenberg. Quant à l’annonce d’une réduction des opérations, c’est un leurre, poursuit le « SecGen » : « Les unités russes ne se retirent pas, mais se repositionnent. La Russie tente de se regrouper, de se réapprovisionner et de renforcer son offensive dans la région de Donbass. La Russie maintient la pression sur Kiev et d’autres villes ». Et de rappeler que Moscou jurait, jusqu’à la veille de son offensive, ne pas avoir l’intention d’envahir l’Ukraine. « La Russie a menti à plusieurs reprises sur ses intentions ».






Le 1/04/2022 à 00:36


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