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Maros Sefcovic: «Nous devons montrer que notre soutien à l’Ukraine est sans faille et qu’il le restera»

Maros Sefcovic: «Nous devons montrer que notre soutien à l’Ukraine est sans faille et qu’il le restera»

Quel est le pouvoir transformateur des crises ? Une question qu’ont explorée, deux jours durant, à Salzbourg, plusieurs commissaires européens (en poste, comme Maros Sefcovic, Johannes Hahn et Paolo Gentiloni, ou membres de précédents exécutifs tels Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI et Olli Rehn, désormais gouverneur de la banque de Finlande), rejoints par d’autres voix, du monde politique, académique, culturel. Un exercice forcément dominé par la guerre en Ukraine, à quelques heures d’un 9 mai hautement symbolique : Poutine y célèbre une « victoire », l’Europe en a fait sa journée et espère adopter, d’ici là, le sixième paquet de sanctions contre la Russie. Samedi, le vice-président de la Commission, Maros Sefcovic, se montrait confiant quant à un accord des Vingt-Sept.


Il semble pourtant difficile à obtenir.

Symboliquement, nous voulons adopter ce sixième paquet, ambitieux, de sanctions, avant le 9 mai, jour où la Russie veut célébrer une « victoire ». Nous devons montrer que notre soutien à l’Ukraine est sans faille, et qu’il le restera. Il reste un certain nombre de questions à régler, mais je suis sûr que l’unité va prévaloir.


Combien de temps cette unité va-t-elle tenir ? N’est-elle pas de plus en plus difficile à assurer ?

C’est largement compréhensible : tous les Etats membres ne partent pas du même point, n’ont pas le même degré de dépendance. Mais, pour soutenir l’Ukraine, la meilleure chose que nous puissions faire est de rester unis, politiquement très forts, mais aussi économiquement très forts. Seule une économie forte pourra supporter toutes les conséquences, difficiles, pour nos citoyens et nos entreprises, mais aussi permettre de fournir de l’aide, qui se chiffre en milliards d’euros, aux Ukrainiens. Nous devons aussi veiller à ce que les sanctions affectent davantage les Russes que nous. C’est un exercice inédit, il est compréhensible que cela prenne un peu de temps pour rallier 27 Etats membres.


Les citoyens ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts… Que pouvez-vous faire pour eux ?

Les gouvernements des 27 doivent gérer beaucoup de choses. Il est très important de garder le soutien de l’opinion publique pour l’Ukraine, ce qui nécessite d’expliquer, et souvent de contrer la propagande russe. Et en même temps, il faut gérer les conséquences économiques, et prendre des mesures pour alléger le poids de l’inflation et des prix de l’énergie. Il faut aussi regarder ce qui se passe dans les pays tiers, confrontés à une crise alimentaire parce que 300 bateaux sont bloqués dans les ports ukrainiens de la Mer noire. Dans ce contexte, je voudrais souligner deux éléments très positifs, dont nous pouvons être fiers. D’une part, tout le monde sait que l’Union européenne est le moteur, tant pour les sanctions que pour l’aide à l’Ukraine. D’autre part, les Européens ont ouvert leurs portes, en quelques jours, à des millions de réfugiés, c’est bouleversant, ça montre qui nous sommes. Tout cela est très positif pour l’image de l’Union européenne, je l’entends beaucoup quand je rencontre des dirigeants de pays tiers.


Et concrètement pour les prix de l’énergie ?

Nous examinons avec les Etats membres quels sont les meilleurs moyens d’agir. Nous avons déjà pris des mesures en matière d’aides publiques, nous regardons aussi quelles mesures sociales sont possibles. Et puis nous travaillons 24 heures sur 24 pour diversifier nos sources d’énergie.


L’exercice reste très difficile.

Oui, ce ne sera pas une promenade de santé. Pour que la guerre soit la plus courte possible, et que la machine de guerre ne soit pas financée par les contribuables européens, à raison d’un milliard d’euros par jour, il y a un prix, qu’il faut payer, parce que la situation est dangereuse non seulement pour l’Ukraine mais pour chacun d’entre nous.


Une dizaine d’Etats, dont la Pologne, se plaignent de devoir attendre les deniers européens, alors qu’ils déploient des efforts considérables pour accueillir les réfugiés. La Commission traîne à soutenir l’effort, sur le terrain ?

Ce n’est pas correct de dire ça. Nous devons saluer la Pologne : ouvrir les écoles, les maisons, les hôpitaux à autant de réfugiés en quelques jours, et c’était pareil dans mon pays, en Slovaquie, c’est un énorme effort. Nous avons regardé ce que nous pouvions faire pour être le plus efficace, en ce qui concerne le soutien financier aux Etats membres. La Commission a déjà payé plus de 3,5 milliards de préfinancement, dont 562 millions pour la Pologne. Et il y a encore beaucoup d’argent non dépensé. On a discuté de cela jeudi dernier. Notre présidente a aussi décidé que nous devions être totalement transparents, nous préparons un tableau très clair : combien d’argent a été dépensé, combien reste disponible, comment avoir accès à ces montants. Parce qu’en effet, le coût est gigantesque.


En parallèle, la Pologne n’a toujours pas vu son plan pour la reprise et la résilience adopté par la Commission… Cette position est-elle tenable ?

La discussion, qui porte sur l’état de droit, la réforme du système judiciaire, est toujours en cours. Son issue dépendra de la volonté du gouvernement polonais de résoudre ces problèmes. Il y a beaucoup d’ouverture de notre côté. Mais il y a des balises qui doivent être respectées. La question de l’état de droit est importante pour tous les Etats membres, on ne peut pas la contourner.


Vous êtes en charge de la prospective stratégique au sein de la Commission. Mission impossible en temps de pandémie et de guerre ?

La prospective c’est bien, mais ça ne peut pas rester académique, il faut que cela mène à des actions concrètes. Nous avons commencé par la résilience.


Le mot à la mode…

(sourire) Oui, on l’utilise partout. On a présenté notre premier rapport de prospective pendant la crise du Covid : on veut être plus résilient en matière de santé. Exemple : on devrait être capable de produire du paracétamol en Europe, et ne pas s’approvisionner en Inde. Notre deuxième rapport, adopté avant la guerre, portait sur l’autonomie stratégique. Il n’y aura par exemple pas de neutralité climatique sans les matières premières nécessaires pour les éoliennes, les batteries… Il vaut mieux se préparer que chercher des solutions sous la pression. Nous voulons donc introduire le concept de « projet stratégique européen », comme on l’a fait par le passé avec les infrastructures énergétiques. En se concentrant sur les matières premières critiques dont nous avons besoin. En nous assurant que les projets labélisés comme tels respectent des normes éthiques, environnementales et sociales strictes. L’idée est d’extraire ces matières premières, mais aussi de les traiter et recycler. Si Umicore récupérait tous les smartphones, elle pourrait produire des batteries, c’est la force du recyclage. Autre exemple : on aura besoin de 18 fois plus de lithium en 2030, 60 fois plus d’ici 2050. On en a en Europe, même beaucoup, mais nous devons l’envoyer en Chine ou au Chili pour le traiter ! On doit donc construire des usines.


Tout cela ne va-t-il pas prendre énormément de temps ?

En 2019, on a lancé l’alliance européenne pour les batteries, sans budget mais une stratégie très claire et une très bonne collaboration avec le privé et les institutions financières. Aujourd’hui, l’investissement privé s’élève à 127 milliards d’euros ! Nous investissons 3,5 plus que la Chine dans le secteur des batteries et, d’ici 2025, on produira des batteries pour 8 à 11 millions de véhicules. Tout ça c’est le résultat de 111 projets tout au long de la chaîne de valeurs. Quand je parle à l’industrie, et que je leur demande ce qu’ils attendent de nous, ils disent que ce n’est pas de l’argent, parce que tout le monde veut investir dans ces secteurs. Leurs problèmes, ce sont les matières premières et la main d’œuvre. Nous avons créé une académie européenne des batteries, que nous soutenons financièrement. Nous avons demandé aux entreprises de quels profils elles ont besoin. Nous travaillons déjà avec la France et l’Espagne. L’industrie dit qu’elle a besoin de 800.000 personnes d’ici 2025. C’est un projet de grande ampleur. On ne peut faire ça que si on travaille au niveau européen. Et cette alliance pour les batteries peut servir de modèle pour d’autres secteurs, par exemple l’hydrogène.


La Conférence sur l’avenir de l’Europe clôt sa première phase lundi. Les citoyens se sont montrés très ambitieux. Quelle suite va-t-on réserver à leurs propositions ? N’y a-t-il pas un risque qu’ils soient déçus ?

Vous avez raison, on ne peut pas faire ça. J’ai présidé le groupe de travail sur la santé. On ne peut être qu’impressionné par l’énergie positive, la sincérité des citoyens, et les attentes qu’ils placent dans ce processus. Dans ces 49 propositions, déclinées en actions concrètes, il y a beaucoup de bon sens, de rationalité. Exemple, dans mon groupe, on a beaucoup parlé des soins dentaires, ou de l’accès numérique aux données de santé, qui faciliterait la vie quand on est en vacances et qu’on a un problème de santé, il ne faudrait pas refaire une prise de sang, les médecins pourraient aussi facilement prescrire ce dont vous avez besoin. Les jeunes ont aussi souligné les problèmes de santé mentale, aggravés pendant la pandémie, et le fait qu’ils aimeraient avoir un accès plus facile à du soutien psychologique. Du très concret, pas de l’institutionnel… Ensuite vient la question de la révision des traités, par exemple : faut-il que la santé soit une compétence partagée ? J’ai été très transparent avec les citoyens : cela prend du temps. Ils citoyens ont entendu et dit qu’il ne fallait pas prendre le prétexte des traités pour ne rien faire, mais travailler à ce qu’on peut réaliser dans le cadre existant. Il faut voir ce que les Etats membres veulent faire. Nous sommes en train d’analyser toutes les propositions, les implications budgétaires, leur impact. Nous devons donner un feed-back aux citoyens. Mais je suis d’accord avec vous : les citoyens ont investi beaucoup de temps, d’énergie, on ne peut pas les décevoir.


Quel type de suivi imaginez-vous ? Les citoyens demandent aussi plus de communication, d’interaction avec les institutions.

Les conclusions sont encore toutes fraîches. Mais on pourrait organiser un événement de suivi. Ou utiliser la plateforme numérique, qui a attiré 5 millions de participants et pour laquelle on a investi dans l’intelligence artificielle, la traduction automatique. Ce pourrait être un outil de communication, pour partager de l’information. Ou d’autres idées.






Le 8/05/2022 à 11:44


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