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Guerre en Ukraine: pourquoi un embargo pétrolier allemand ferait du mal à la Russie

Guerre en Ukraine: pourquoi un embargo pétrolier allemand ferait du mal à la Russie

L’entrée en scène a été fracassante : lors de la réunion des ambassadeurs de l’Union européenne à Bruxelles fin avril, il a été question du sixième paquet de sanctions prévu contre la Russie. « S’il y a un nouveau paquet de sanctions, il doit être puissant », a déclaré le représentant allemand Michael Clauss, qui a également précisé que le paquet doit en tout cas contenir des sanctions contre les importations de pétrole. L’Allemagne n’est pas seulement prête à soutenir des sanctions pétrolières ; non, elle les exige désormais.

La déclaration du diplomate de haut rang a dû en surprendre plus d’un dans la salle – positivement et négativement. Le gouvernement allemand est en effet critiqué depuis des semaines pour avoir freiné les sanctions pétrolières et gazières. Jusqu’à présent, de nombreux pays de l’UE, sceptiques quant à un embargo en raison des coûts élevés pour leurs propres consommateurs et entreprises, s’étaient cachés derrière le « nein » clair de Berlin. Ce n’est désormais plus possible.

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Mais il n’est pas certain que tous les pays de l’UE approuvent immédiatement cette nouvelle salve de sanctions. « Les précédents paquets de sanctions étaient plus simples », explique un diplomate européen. « Cette fois-ci, il s’agira aussi de pétrole, et les risques économiques pour l’Europe sont donc plus élevés. » Car il ne s’agit pas seulement de l’approvisionnement en pétrole et des prix de l’énergie ; il y a le risque que Poutine coupe ensuite le gaz à l’UE.

Néanmoins, un boycott du pétrole semble moins lointain qu’un embargo sur le gaz : par rapport au gaz, la Russie serait davantage frappée au portefeuille, alors que l’UE est moins dépendante du pétrole que du gaz russe. Les raffineries d’Europe occidentale peuvent facilement être approvisionnées via des ports comme Rotterdam. Seules les raffineries est-allemandes de Leuna et de Schwedt, relativement isolées, dépendent de l’oléoduc Druzhba vers la Russie et ne peuvent, au mieux, être approvisionnées en matière première par des voies alternatives qu’au prix de quelques efforts. Après que le ministre allemand de l’Economie Robert Habeck (Verts) ait négocié mardi dernier, avec la Pologne, un approvisionnement de ces sites via le port pétrolier de Gdansk, un embargo sur le pétrole y est également considéré comme « gérable ».

Le pétrole est plus important pour la Russie

Le fait que Moscou ait suspendu cette semaine toutes les livraisons de gaz vers la Pologne, à peine l’accord de Gdansk signé, montre comment la Russie réagit à la menace de l’embargo pétrolier.

Le président du directoire de Wintershall Dea, le plus grand groupe pétrolier et gazier allemand, a souligné le potentiel de dommages : le budget de l’Etat russe est couvert à 35 % par les ventes de pétrole, mais seulement à 7 % par les recettes du gaz, a déclaré Mario Mehren lors de la présentation du bilan trimestriel. Même en moyenne, à long terme, les ventes de pétrole sont trois à quatre fois plus importantes pour les recettes en devises de Moscou que les exportations de gaz, explique Gunter Deuber, responsable de la recherche chez Raiffeisen Bank International à Vienne.

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Le sixième paquet de sanctions que la Commission européenne présentera la semaine prochaine ne prévoira toutefois pas d’arrêt complet et immédiat des importations de pétrole et de gaz. Au lieu de cela, la Commission vise des « sanctions intelligentes ». Celles-ci doivent toucher la Russie sans trop pénaliser la population et les entreprises de l’UE.

Parmi les alternatives, on trouve un plafonnement des prix du pétrole et du gaz, des sanctions échelonnées ou encore la différenciation des voies : cela pourrait signifier ne bloquer que les importations de produits pétroliers raffinés en provenance de Russie.

Mais la question se pose toujours de savoir à quoi servirait un embargo si la Russie vendait le pétrole à d’autres clients. Les experts en logistique font toutefois remarquer que les pétroliers russes n’auront pas la tâche facile pour atteindre le marché mondial en dehors de l’Europe.

Les pertes ne peuvent pas être compensées

« Les terminaux de chargement russes de la mer Baltique ne peuvent pas être desservis par les très grands pétroliers », fait remarquer Thomas Puls, expert en transport et infrastructure à l’Institut de l’économie allemande. Le transbordement de petits pétroliers dans de plus grands, qui pourraient ensuite atteindre les nouveaux acheteurs en Chine ou en Inde, semble à peine possible, « car le port le plus proche en dehors de l’UE serait probablement Port Saïd », en Egypte.

La Russie ne dispose pas d’autres routes pour se débarrasser du pétrole que l’Europe n’achèterait plus : les pertes de ventes à l’Ouest ne peuvent pas être compensées. Les ports pétroliers russes en Extrême-Orient sont saturés depuis longtemps. Quant aux ports de la mer Noire, ils sont à portée de main de l’adversaire de guerre de la Russie, l’Ukraine, et sont pour le moins menacés. Le port pétrolier russe de Novorossiysk sur la mer Noire, point d’arrivée de l’oléoduc CPC en provenance du Kazakhstan, a dû cesser presque complètement son activité fin mars, en raison de graves dommages causés par une tempête, et restera encore longtemps inutilisable. Pas étonnant, donc, que la Russie soit déjà contrainte d’appliquer des rabais énormes – de 35 à 40 dollars le baril de 159 litres – sur son pétrole brut.






Par Tobias Kaiser et Daniel Wetzel (Die Welt)

Le 2/05/2022 à 17:22


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