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Elio Di Rupo: «En cas de crise, il faut une seule autorité avec les pleins pouvoirs»

Elio Di Rupo: «En cas de crise, il faut une seule autorité avec les pleins pouvoirs»

L’audition d’Elio Di Rupo, ce vendredi matin à Namur, a conclu les travaux de la commission d’enquête sur les inondations du mois de juillet. Les députés wallons ont désormais pour mission de rédiger leurs recommandations qui devraient être rendues publiques dans le courant du mois de mars. Le ministre-président leur a en quelque sorte montré la voie à suivre en plaidant, comme d’autres avant lui, en faveur d’une nouvelle culture du risque et de la crise à l’échelle de la Région.

Les données de l’équation sont bien connues. La Wallonie n’a pas de compétences spécifiques en cas de crise, entre le niveau local, le niveau provincial et le niveau fédéral. Les apparences sont trompeuses parce qu’existe bel et bien un centre régional de crise depuis 2007. Mais celui-ci n’a pas la main sur l’organisation des secours ou sur la gestion stratégique des situations d’urgence. Il n’a aucun rôle opérationnel, au-delà de l’alerte à lancer en direction des autorités locales.

Exit le « centre de crise »

Première suggestion du Montois : changer le nom de cet organisme. Elio Di Rupo y va même de quelques suggestions : le Centre régional de crise pourrait devenir le Cortex (Centre de la Coordination des Risques, du Transfert d’informations et de l’Expertise), le Cresir (Centre Régional d’Evaluation, de Support et d’Information face aux Risques) ou Vigiwal (Centre de Vigilance, de Gestion et d’Information sur les risques en Wallonie). On verra…

Mais au-delà des apparences, il y a le fond : l’actuel centre ne dispose d’aucune base légale qui baliserait ses missions avec précision et ses rapports avec les autres niveaux de pouvoir. En charge de ce dossier, le ministre avait mis en chantier un projet de décret en début de législature. Le travail législatif a été gelé après les inondations, le temps que la commission d’enquête mène ses travaux à bien.

« Le gouvernement soumettra au parlement un projet de décret quand il sera en possession des recommandations de la commission. On peut imaginer un délai de six mois », a précisé Elio Di Rupo. Le centre de crise new look aura sans doute en charge la réception et la circulation des informations relatives à la météo et à l’hydrologie, la préparation en amont des différents départements ou la concentration de toutes les expertises, mais aussi l’organisation d’exercices ou la promotion de la culture du risque, par exemple.

Mais le ministre-président va beaucoup plus loin : en cas de catastrophe, la « structure », comme il l’appelle en attendant mieux, doit prendre la main. « Le directeur du centre doit devenir automatiquement le manager de la crise et prendre le leadership sur tous les départements concernés. Il y a en Wallonie une dispersion de l’autorité. En cas de catastrophe comme celle-là, il faut une autorité unique, avec les pleins pouvoirs. La bonne volonté des uns et des autres, ça ne suffit pas lors d’un coup dur », précise Elio Di Rupo.

Cette perspective doit sans doute être affinée puisque les véritables managers de crise sont les bourgmestres, les gouverneurs et le ministre de l’Intérieur, selon la gravité et l’ampleur de la situation. Le centre de crise et le gouvernement régional n’ont pas de pouvoir d’injonction ou de réquisition et encore de pouvoir de police.

Pas d’interférences

« Il est exact qu’on ne peut pas interférer avec le niveau fédéral ou provincial dans la gestion de crise, mais il y a malgré tout un gros travail à mener en interne dans les départements régionaux concernés : par exemple, les rivières ou les forêts sont des compétences wallonnes. Dans des cas pareils, chaque minute compte et nous devons avoir les moyens d’agir », précise déjà le ministre-président.

Mais ce n’est pas tout ! Le « Premier » wallon pousse le bouchon un peu (beaucoup) plus loin lorsqu’il dit regretter une Wallonie « organisée en silos et en sous-silos », au-delà de la gestion de crise. On parle à nouveau de l’autorité qui ferait défaut, de la hiérarchie mal assurée. En Wallonie, le plus haut fonctionnaire en place est le secrétaire général, en l’occurrence une secrétaire générale, Sylvie Marique. Mais cette dernière ne dispose pas d’autorité hiérarchique sur les différents départements d’administration et leurs directions.

« Une réforme est nécessaire pour mettre en place une vision coordonnée pour toute l’administration », explique Elio Di Rupo. « Le ou la secrétaire général(e) ne doit pas intervenir sur la gestion quotidienne des départements, il faut qu’il ou elle dispose d’une autorité pour que tous les services s’alignent, et c’est nécessaire en particulier en situation de crise. »

Les pleins pouvoirs à la direction d’une nouvelle structure et une autorité effective au sommet de l’administration : n’est-ce pas déjà une hydre à double tête ? L’architecture envisagée par le ministre-président n’est pas encore figée. Il faut attendre les recommandations de la commission d’enquête.

Mais Elio Di Rupo précise déjà sa pensée : « Je pense que le directeur du centre est le mieux placé pour manager la crise, parce que c’est un expert. Cela marche ainsi au national : quand on arrive dans le centre de crise, il y a un patron. Le secrétariat général de l’administration, lui, a d’autres missions : les leçons à tirer d’une catastrophe, la prévention et la mise en oeuvre des recommandations. »

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Par Eric Deffet

Journaliste au service Politique
Le 11/02/2022 à 11:53


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