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Des ONG palestiniennes perquisitionnées: «Le but est de nous briser»

Des ONG palestiniennes perquisitionnées: «Le but est de nous briser»

Al-Haq est l’une des plus importantes organisations de droits humains au Moyen-Orient et son directeur, Shawan Jabarin, un défenseur connu dans le monde entier. Son groupe a été perquisitionné par l’armée israélienne hier, avec six autres ONG palestiniennes.


Considérez-vous l’opération d’hier comme une escalade significative de la part des autorités israéliennes ?

La puissance occupante dispose d’un certain nombre d’outils. La « désignation » (comme organisation terroriste, ndlr) était une mesure stratégique pour créer un précédent. Il s’agit de distinguer les bons des mauvais, aux yeux des Israéliens. Les bons sont ceux qui se taisent. Les mauvais sont les fauteurs de trouble, ceux qui vérifient les faits, demandent de rendre des comptes, refusent de commercer avec les colonies, qui construisent un contre-narratif… C’est un problème pour Israël, qui essaie de se vendre comme une démocratie. Quand une voix crédible émerge du côté palestinien, disant qu’Israël est un régime d’apartheid, ça leur pose un problème. Nous avons construit les bases de ce narratif. C’est pour ça qu’ils essaient de nous réduire au silence, et si d’autres voix s’élèvent, ils les qualifieront d’antisémites ou de terroristes.


Pourquoi Al-Haq a été visé ?

Depuis 43 ans, Al-Haq est l’organisation des droits humains la mieux connectée et avec la plus grande crédibilité, que nous avons patiemment construite. A cause de ça, ils ont essayé de me discréditer moi ou l’association. Ils ont échoué, y compris à assécher nos ressources financières. La désignation comme une organisation terroriste était la dernière balle dans leur chargeur. Ils l’ont tirée. Je pense qu’ils ont sous-estimé le niveau des réactions internationales, y compris venant des Etats-Unis.


Pourquoi maintenant ?

Parce que c’était le bon moment. Israël est en campagne électorale. Les médias ont évoqué le meurtre de cinq enfants à Gaza. Il fallait déplacer l’attention. Les Israéliens ont utilisé ce que Mahmoud Abbas a dit, en Allemagne, affirmant que les Palestiniens avaient vécu « 50 holocaustes ». Ils ont pensé que les Européens hésiteraient à les critiquer.

La question, c’est ce qui va suivre. Israël peut s’attaquer aux personnes, mener des arrestations, intenter des procès, exercer toutes sortes de pressions, sur la famille, sur les permis de circulation ou de travail. Le but est de nous épuiser, nous briser.


Etes-vous soutenus par l’Autorité palestinienne ?

Les Israéliens ne leur ont rien laissé. C’est une entité à leur main. Ils se permettent même de mener des opérations au cœur de Ramallah. Que voulez-vous qu’ils fassent ?

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Et par l’Europe ?

Les Européens ont été aussi visés à travers ce raid. Les Israéliens leur disent : on vous a donné des éléments indiquant que ces ONG ont des liens avec une organisation terroriste. Vous n’avez pas été convaincus. Vous avez déclaré que vous continuerez à travailler avec ces associations. A présent, vous n’avez pas d’autre choix que d’accepter nos allégations. Les autorités israéliennes n’ont jamais fourni aucune preuve de liens quelconques avec le Front populaire de libération de la Palestine (organisation marxiste considérée comme terroriste par, entre autres, les Etats-Unis et l’Union européenne, NDLR). Je les défie de prouver quoi que ce soit. Ils n’ont jamais donné aucune preuve. La seule chose que nous demandons, c’est de présenter les faits dans un procès équitable.

Parmi nos activités, nous coopérons avec la Cour pénale internationale pour documenter les crimes de guerre et contre l’humanité commis par Israël. Les autorités le savent parfaitement. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles Al-Haq a été désignée comme organisation terroriste. Ils voudraient qu’on les applaudisse quand ils tuent des enfants, détruisent des maisons, confisquent des terres, au lieu de les dénoncer.


Vous avez plus de 40 ans d’expérience en matière des droits humains. En quoi le comportement d’Israël a-t-il changé ?

Aujourd’hui, l’occupation israélienne est plus agressive et toujours plus profonde. Les colonies sont devenues des villes. Il y a des routes pour les colons. Les arbres sont coupés de façon systématique. L’armée israélienne terrorise les civils en portant atteinte à tous les aspects de la vie palestinienne. Les militaires tirent pour tuer. Ils démolissent les maisons. Les communautés palestiniennes sont devenues des prisons. Avant, on allait à Gaza, à Jérusalem librement. A présent, il y a des portes d’acier à l’entrée des villages. Ce n’était pas un âge d’or, avant, mais si on compare… Il y a plus de persécutions.


Al-Haq a été perquisitionné pour la première fois il y a tout juste vingt ans. Vous pensez que l’organisation existera toujours en 2042 ?

Nous continuerons, même s’il faut travailler dans la rue. Ce n’est pas un travail d’ailleurs – c’est une conviction. Celle de défendre le droit, la justice, l’avenir de nos enfants… Pour vivre librement. Ce régime colonial doit prendre fin. Les Palestiniens ont le droit de disposer d’eux-mêmes.

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Par Samuel Forey

Le 19/08/2022 à 15:39


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