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Avec l’élection de Gustavo Petro, la Colombie vire à gauche pour la première fois de son histoire

Avec l’élection de Gustavo Petro, la Colombie vire à gauche pour la première fois de son histoire

Avec l’élection dimanche 19 juin de Gustavo Petro, 62 ans, économiste et ancien guérillero, premier président de gauche de l’histoire du pays, et d’une vice-présidente afro-colombienne féministe et écologiste, tous deux issus de milieux modestes, la Colombie entre résolument dans une nouvelle ère.

La victoire est historique et sans contestation possible. Avec 50,44 % des suffrages, Gustavo Petro et sa coalition du Pacte historique devance de trois points son adversaire le millionnaire populiste Rodolfo Hernandez de 77 ans qui a obtenu 47,30 %. La participation de plus de 58 % est elle aussi historique dans un pays où l’abstention est toujours record. « Je pleure, je ris, je suis si émue, c’est tant d’années de luttes, c’est un cycle qui se ferme et un autre qui commence » pleure de joie Selma, 52 ans devant l’entrée de la salle de spectacle Movistar-Arenas dans l’ouest de Bogota, où les partisans du nouveau président, euphoriques et émus se sont rassemblés dimanche soir pour l’écouter donner son premier discours. « Le changement commence aujourd’hui » riait Luis, professeur universitaire venu avec ses 2 jeunes enfants et ajoutant « c’est pour eux, c’est pour eux ».

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Gustavo Petro se présentait à l’élection présidentielle pour la troisième fois. De l’élève modèle issu d’une famille modeste, qui s’engagea à 17 ans dans la guérilla urbaine du M-19 (Mouvement du 19 avril, démobilisé en 1990) et fut pour cela emprisonné et torturé, à devenir le premier président de gauche de toute l’histoire de la Colombie, l’ascension a été longue, Ses trente ans d’opposition, en tant que député, maire de Bogota (2013-2015), puis sénateur, marquée par de nombreuses batailles lui ont longtemps valu de servir d’épouvantail aux élites politiques traditionnelles au point que nombre d’analystes parlaient avant l’élection de « petrophobie ». Il a ainsi été un des premiers à avoir dénoncer au Congrès, alors qu’il était député, les liens de la classe politique et des groupes paramilitaires dans les années 2000.

« Nous allons construire la paix »

Pour son discours de victoire, Gustavo Petro a donc fait un long discours très consensuel. « À partir d’aujourd’hui la Colombie est autre, c’est un changement réel, ce n’est pas un changement pour nous venger, ni pour générer plus de haine, ni de sectarisme » a-t-il déclaré. « Le gouvernement qui va commencer le 7 août est celui de la vie. Nous allons construire une puissance mondiale de la vie qui pourrait être résumée en trois points : la paix, la justice sociale et la justice environnementale » a précisé Gustavo Petro en remerciant la « marée juvénile et féminine » qui l’a élu et qui a fêté la victoire dans les rues de la capitale une bonne partie de la nuit sous une pluie froide.

« Je suis la première vice-présidente afro-descendante de Colombie » s’est réjouie sa colistière, l’incroyable et infatigable Francia Marquez. Le rôle de cette avocate, féministe, militante écologiste de 40 ans issue d’un milieu modeste est indéniablement clé dans la victoire de la gauche.

« Nous allons réconcilier ce pays, Nous allons construire la paix (…), nous allons éradiquer le racisme structurel de ce pays » a-t-elle affirmé sous les vivats.

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Un pays en crise

Car après une campagne particulièrement difficile et polarisée, la journée électorale s’est finalement déroulée sans incidents. Les résultats ont été connus à peine cinquante minutes après la fermeture des bureaux de vote. Le président sortant Ivan Duque a aussitôt annoncé qu’il avait appelé Gustavo Petro pour le féliciter et qu’ils se réuniraient dans les prochains jours pour commencer une « transition harmonieuse ». Rodolfo Hernandez le candidat perdant a aussi « accepté » sa défaite ajoutant : « je souhaite à Petro qu’il sache diriger le pays, qu’il soit fidèle à son discours contre la corruption ». Tandis que l’ex-président Alvaro Uribe (2002-2010) qui a si longtemps régné d’une main de fer sur le pays a affirmé dans un tweet : « Pour défendre la démocratie il faut la respecter. Gustavo Petro est le Président ».

Gustavo Petro et Francia Marquez héritent cependant d’un pays en crise : d’une part la pauvreté et les inégalités chroniques ont largement augmenté avec la pandémie. De l’autre, la paix tant espérée après la signature de l’accord historique avec l’ex-guérilla des Farc en 2016 ne s’est jamais complètement concrétisée et les violences des acteurs armés se sont aggravées dans de nombreux territoires.

Gustavo Petro a aussi promis de faire de la lutte contre le changement climatique, un des axes de son gouvernement et de sa politique diplomatique. Quelques jours avant son élection, il avait annoncé la convocation d’un grand accord national ouvert à toutes les forces politiques économiques et sociales de la nation, ce qui a sans aucun doute contribué à sa victoire. Car sachant qu’il n’a pas la majorité au Congrès pour gouverner, les défis son grands. L’investiture du nouveau président aura lieu le 7 août prochain.






Le 20/06/2022 à 09:29


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